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Soutenance de thèse de Katia BALLORAIN

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Ecologie trophique de la tortue verte Chelonia mydas dans les herbiers marins et algueraies du Sud-ouest de l’Océan Indien

Par : Katia BALLORAIN, IPHC/DEPE
Date : Vendredi 12 février 2010 à 14 h 00
Lieu : Amphi CHARPAK, Université de La Réunion, St Denis de La Réunion

Résumé :

Les interactions interspécifiques sont un indicateur naturel de l’état de santé d’un écosystème et de ses éventuelles évolutions. Aussi, dans le contexte actuel de changement climatique et d’intensification des activités humaines, nous proposons de décrire, par une approche intégrée, les interactions existant entre les tortues vertes et leurs habitats trophiques, afin de comprendre une partie de la dynamique de la biodiversité marine. La tortue verte est la seule tortue marine herbivore aux stades sub-adultes et adultes. Elle se nourrit principalement sur des herbiers et des algueraies en milieu côtier relativement peu profonds et constitue ainsi un modèle privilégié pour étudier l’écologie trophique et fonctionnelle des tortues marines en conditions naturelles. Le travail présenté dans ce manuscrit étudie deux populations de tortues vertes : la première s’alimentant de phanérogames marines sur le site de N’Gouja à Mayotte et la seconde d’algues benthiques sur la côte ouest de l’’Ile de La Réunion. A ce stade de l’étude, le système tortues vertes-herbier est le mieux connu. Nous pouvons proposer une synthèse des relations existant entre le comportement de plongée et d’alimentation d’individus sexuellement immatures et matures avec la disponibilité trophique au sein d’un herbier marin plurispécifique. Ceci, à partir de systèmes automatiques embarqués (enregistreurs miniaturisés d’activité, Fastloc-GPS), d’observations directes des tortues vertes et de relevés phytoécologiques conventionnels. Par ailleurs, notre étude nous a permis d’engager le monitoring du système tortues vertes – herbier marin de N’Gouja et d’en décrire les premières tendances. En quatre ans, une diminution de près de 80 % de la biomasse végétale accentue la pression d’herbivorie relative des tortues sur l’herbier qui entraîne l’appauvrissement de la diversité spécifique en faveur des espèces pionnières. La diminution parallèle de l’effectif de la population de tortues suggère un modèle alimentaire basée sur le principe de densité-dépendance. Les conséquences d’une sur-exploitation de l’herbier par les tortues sont alors en opposition avec celles obtenues suite à la simulation d’une pression d’herbivorie nulle. Nous montrons en effet que sous une pression d’herbivorie modérée, un stade successionel intermédiaire de l’herbier est maintenu et la diversité spécifique est favorisée par la diminution des capacités compétitives des espèces consommées. Il découle de notre étude des indicateurs du stade phytodynamique d’un herbier plurispécifique et de la pression d’herbivorie exercée par les tortues vertes qui nous permette d’envisager les réponses écosystémiques d’un système tel que celui de N’Gouja sous différents scénarii environnementaux. Enfin, dans un cadre plus large, nous posons la question de savoir si l’évolution statutaire de Mayotte peut contribuer à approfondir et pérenniser la protection des tortues marines qui se trouvent sur son territoire. Nous décrivons la départementalisation comme un moyen d’accentuer le processus de clarification du droit applicable à Mayotte et d’assurer des moyens humains, matériels, et financiers nécessaires à la protection de l’environnement. Des recensements aériens réalisés au dessus de la côte ouest de l’île de La Réunion, révèle la présence d’individus sexuellement matures et immatures, dont le nombre augmente depuis 1996. Cette approche nous aura permis d’identifier une fréquentation préférentielle des habitats coralliens et décrire, à partir d’observations sous-marines parallèles, la côte ouest de l’île comme un site d’alimentation d’individus matures et d’individus en phase de croissance. Ce travail apporte de nouveaux outils pour la mise en place de stratégies de conservation des tortues marines et de leurs habitats et renforce l’importance d’engager des
monitorings des écosystèmes sur le long terme.

Mots clefs : tortue verte Chelonia mydas, herbier marin, phanérogame, algueraie, Mayotte, Réunion, Sudouest de l’Océan Indien, écologie trophique

Contact :
Directeur de thèse : Henri Grizel, IFREMER Réunion
Co-directeur de thèse : Jean-Yves Georges, IPHC/DEPE

Thèse soutenue par le Conseil Régional de La Réunion et par l’ANR

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